Préface


Nombre de créateurs de science, la plupart des fondateurs de la science moderne, sont parvenus à des conclusions de nature métaphysique ou spirituelle, sur la base des caractères de la nature, de son intelligibilité. La célébration d’un monde d’origine et d’ordre divins est caractéristique d’un Newton. Ne disait-il pas : « Ce système suprêmement élégant du soleil, des planètes et des comètes n’aurait pu apparaître sans le dessein et la domination d’un être intelligent et puissant ». Les réflexions métaphysiques d’Einstein sont bien connues. N’a-t-il pas écrit : « L’homme éprouve l’inanité des désirs et des buts humains et le caractère sublime et merveilleux de l’ordre qui se révèle dans la nature et dans le monde de la pensée. Il ressent son existence individuelle comme une sorte de prison et veut vivre la totalité de ce qui est comme une chose qui a une unité et un sens ». L’astronome Arthur Eddington, contemporain d’Einstein, déclarait pour sa part : « Depuis 1927, année de la synthèse de la mécanique quantique, un homme intelligent peut de nouveau croire en l’existence de Dieu. »

La question métaphysique demeure, de nos jours, posée au sein de la communauté scientifique. En 1999, l’American Association for Advancement of Science (AAAS), la plus grande association mondiale de scientifiques, éditrice de la revue Science, a organisé une rencontre sur les « Questions Cosmiques » (« Cosmic Questions »), dont une journée consacrée au thème suivant : « Y a-t-il un dessein dans l’Univers ? » (« Is the Universe designed ? »). Des biologistes ont pu ainsi affirmer la compatibilité de l’évolutionnisme darwinien avec la foi en un créateur, et des physiciens déclarer que la physique quantique ne diminue pas la crédibilité du matérialisme et du scientisme. Les progrès de l’astrophysique font dire par ailleurs à certains scientifiques que l’idée selon laquelle l’évolution et les caractères de l’Univers portent la marque d’un dessein ou d’un principe créateur, ne doit pas être exclue. Il est nécessaire, déclarent-ils, que les lois et constantes de l’Univers soient réglées de manière très précise pour que la vie et la pensée puissent y apparaître, une infime modification de celles-ci le rendant impropre à l’émergence de toute forme de complexité.

Ces idées de nature métaphysique émanent de scientifiques reconnaissant pleinement les théories actuelles, non de partisans de la thèse créationniste ou de celle connue sous le nom de « Dessein Intelligent » (« Intelligent Design »), toutes deux critiques vis-à-vis de la théorie darwinienne de l’évolution. Le créationnisme rejette la sélection naturelle et ne reconnaît pas l’occurrence d’une évolution biologique, l’existence, scientifiquement admise, d’un ancêtre commun aux principales formes de vie sur Terre. Et selon les partisans de l’Intelligent Design, la seule base darwinienne, naturaliste, est insuffisante pour rendre compte d’un processus évolutif caractérisé par l’émergence de la complexité.

L’opposition entre créationnisme et évolutionnisme prend essentiellement sa source dans les positions divergentes dictées respectivement par une acception littérale des versets bibliques, d’une part, et la recherche scientifique, accompagnée parfois d’une exégèse différente de ces versets, d’autre part. Les conditions et la nature du débat diffèrent en dehors de l’aire culturelle mettant en jeu la Bible. Il apparaît par exemple moins prononcé au sein de l’Islam, l’idée étant que le Coran contient la notion de processus évolutif depuis les débuts de l’Univers, processus conçu comme le mode choisi de la création, comme création temporelle, incluant l’émergence, par les lois naturelles, de la vie et de la pensée, prévues depuis les origines, dans l’omniscience, processus impliquant une origine commune et unique au tout, à la vie, à la pensée. Ainsi se résout le dilemme, plus énoncé que réel, entre évolution et création, science et religion, par l’acceptation pleine de l’une et de l’autre. Finalement, si miracle il y a, il serait moins dans le tout que le tout lui-même : tout miraculeux de la nature et de ses lois, non tout de miracles, non tout de créations atemporelles, d’événements hors lois, hors normes, anormaux ou paranormaux. Création de nature évolutionnaire plus qu’« évolution créatrice », précisons et ajoutons, dans une logique islamique.

A l’appui de ces thèses, sont avancés des versets coraniques tels que les suivants, en adéquation avec l’idée d’un élément originel, d’une origine unitaire de la pluralité, d’une pluralité précontenue ou encore d’une potentialité plurielle, dont la réalité présente est le prolongement et le reflet, en adéquation aussi avec le phénomène d’expansion cosmique :

« (…) les cieux et la terre étaient compacts, alors Nous les avons séparés et Nous avons fait de l’eau toute chose vivante (…) » (sourate 21, verset 30)

« Et le ciel, Nous le bâtîmes par des mains, et très certainement Nous élargissons » (sourate 51, verset 47)

De nos jours, remarquons-le plus particulièrement au sujet de la relation de l’eau au vivant, les scientifiques ne s’interrogent sur l’existence de la vie ailleurs dans l’Univers, qu’en présence d’eau. L’eau est condition de la vie. La vie vient de l’eau.

Le Coran mentionne par ailleurs l’idée de régularités caractérisant la nature. Au plan cosmique, par exemple, il est mentionné : « Le Soleil et la Lune [sont ordonnés] d’après un calcul exact (husban) » (sourate 55, verset 5). L’idée générale de régularités est par ailleurs ainsi relatée : « (…) tu ne trouveras aucun changement dans la règle de Dieu (…)» (sourate 35, verset 43). Les lois et constantes, le caractère mathématique et numérique de l’Univers, apparaissent ainsi comme la manifestation du comportement divin, de la permanence, de la règle, offerte à l’homme, à l’intelligence. L’observation rigoureuse de la nature et la compréhension des signes divins, l’intelligence de l’harmonie instaurée par le Créateur omniprésent, agissant selon la règle, dont l’action est loi et la loi action, sont encouragées : « Dans la création des cieux et de la terre, et dans l’alternance de la nuit et du jour, il y a certes des signes pour ceux qui ont un cœur ; ceux qui se souviennent de Dieu debout, assis, sur leurs côtés, et réfléchissent sur la création des cieux et de la terre, en disant : « Notre Seigneur, Tu n’as pas créé cela en vain. Gloire à Toi, sauve-nous des tourments du feu » » (sourate 3, versets 190 et 191).

Ce qui se manifeste comme une adéquation entre la connaissance scientifique et la spiritualité coranique, aux yeux notamment de Farid Gabteni, a poussé celui-ci à mener des recherches mathématiques, non sur la nature, mais sur le texte coranique lui-même, à l’image des recherches mathématiques sur l’Univers. Farid Gabteni a plus particulièrement cherché à vérifier le verset selon lequel la création se caractérise par le nombre : « (…) et Il recensa toute chose en nombre » (sourate 72, verset 28), suggérant l’idée d’une science mathématique et numérique de l’œuvre, d’une règle mathématique générale, de la Nature à l’Ecriture : « (…) tu ne trouveras aucun changement dans la règle de Dieu (…)».

L’Univers connu des lois, de l’ordre, de la structure physico-mathématique, fruit du décryptage d’un « code cosmique » sous-jacent, accessible à l’esprit humain, plaiderait en faveur d’un dessein créateur. L’étude mathématique du texte coranique amène Farid Gabteni à conclure, parallèlement, sur la base de ses résultats, à l’existence d’un message codé coranique, au constat d’une structure révélant une intelligence à l’œuvre. Tant l’Univers que le Livre seraient, selon l’auteur, mathématiquement sous-tendus, et ainsi intelligibles. L’histoire de leur développement respectif, depuis une origine une, serait ainsi mathématiquement dirigée.

Cet ordre naturel, cette modalité mathématique du « grand livre », selon la formule de Galilée, serait finalement la leçon de l’intelligence humaine, fruit d’une évolution dont les racines se placent dans l’infime des origines cosmiques, à la conscience. Science et conscience : marques d’un dessein, reflets et signes de l’Origine, de l’Intelligence, dans l’esprit humain ? Réalité signe d’une autre réalité ? Nature métaphysique des lois, et structures qui en découlent, dévoilée en la pensée ?

Signalons enfin que les travaux de Farid Gabteni, exposés dans son ouvrage « Le Soleil se lève à l’Occident, Science pour l’Heure », revêtent une dimension supplémentaire, celle de leur caractère unitaire dans le champ du monothéisme. En effet, partant du Coran, l’auteur intègre à ses recherches la Bible Hébraïque et le Nouveau Testament. La troisième partie de l’ouvrage, intitulée « Air messianique », expose ainsi les résultats d’une étude croisée des trois textes, qui dévoilent des éléments qui s’articulent, se concilient et se complètent, de manière étonnante. Ces recherches constituent de ce fait, plus particulièrement dans le contexte contemporain marqué par l’idée de « choc des civilisations » et de nombreux affrontements mettant en jeu des différences de nature religieuse, une pratique de la rencontre entre les trois grandes religions du Livre.

« Le Soleil se lève à l'Occident, Science pour l'Heure » apparaît finalement comme un travail amplement novateur et porteur. Les aspects mathématiques et numériques, exacts, de l'ouvrage, dissociables des développements et commentaires propres à l’auteur, le caractère inédit des recherches, les questions qu’elles posent en termes d’histoire et de philosophie des sciences, de nature de la connaissance et de portée métaphysique de la science, grandes questions philosophiques d’hier et d’aujourd’hui, procurent une oeuvre pleine d'enseignements aux lecteurs en général et aux chercheurs en particulier. Ceux-ci apprécieront d’eux-mêmes, au regard des résultats et de la méthode, exposés dans les détails, si les recherches de Farid Gabteni ajoutent à la science sur le monde.

Ismaël OMARJEE

 

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Le Soleil se lève à l'Occident - Science pour l'Heure, Farid Gabteni
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